Protection des défenseurs des droits humains en RDC
Published on 19 Jan 2026, 08:00 AM
Entre évaluation législative et sensibilisation digitale
Photo des participants à la table ronde
Kinshasa, janvier 2026 : Deux ans après la promulgation de la loi portant protection et responsabilité des défenseurs des droits humains (DDH), la société civile congolaise multiplie les initiatives pour en assurer l'appropriation et l'application effective. Entre réflexions stratégiques et campagnes de vulgarisation numérique, le CCPR Centre se positionne comme un acteur clé dans la promotion de ce cadre juridique novateur.
""Le ministre des droits humains m'a mandaté pour vous saluer et vous dire que les portes sont totalement ouvertes pour voir comment conjuguer nos efforts pour la promotion et la protection des droits". "
- Joseph Khasa, conseiller du ministre des Droits humains
Une table ronde pour dresser le bilan de la loi
Le vendredi 6 décembre 2025, Kinshasa a accueilli une table ronde d'envergure consacrée à l'évaluation de la loi n°23/027 du 15 juin 2023 relative à la protection et à la responsabilité du défenseur des droits de l'homme. Organisée par l'ONG Alliance pour l'Universalité des Droits Fondamentaux (AUDF) et le Centre Droits Civils et Politiques (CCPR), cette rencontre a bénéficié de l'appui technique du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l'Homme (BCNUDH) et de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH-RDC).
Plus de 20 ans de lutte récompensés
Les échanges ont permis de revisiter le long combat mené par les activistes congolais pour l'adoption de cette loi historique. Fabien Buetusiwa, coordonnateur d'Avocats sans frontières (ASF), a rappelé l'ampleur de cette mobilisation : "Plus de vingt ans, nuit et jour, les DDH ont milité pour une loi garantissant leur protection. Il y a deux ans, soit depuis juin 2023, cette loi a été promulguée et publiée au Journal officiel, nous en sommes fiers."
Mama Guindo, représentant du Directeur du BCNUDH, a salué cette avancée législative comme une victoire pour la République Démocratique du Congo : "La RDC est à saluer, les défenseurs des droits de l'homme congolais sont à saluer puisqu'ils ont mené une lutte continue pour avoir cette loi pendant plus 23 ans. En ayant cette loi, nous avons une victoire salutaire."
Des recommandations pour renforcer le dispositif
À l'issue des travaux, trois recommandations majeures ont été formulées par les participants. Maître Henri Wembolua Otshudi, président de l'AUDF, a présenté les principales conclusions : l'évaluation à mi-parcours de la loi, le renforcement des engagements nationaux, et la sensibilisation systématique de tous les agents de l'État au respect des droits humains.
L'évaluation à mi-parcours apparaît comme une nécessité pour mesurer l'impact concret de la loi deux ans après sa promulgation. Les participants ont également insisté sur la création d'un cadre de concertation entre le ministère des Droits humains, la CNDH et les organisations nationales et internationales, ainsi que sur la vulgarisation de cette loi auprès des fonctionnaires de l'État.
Joseph Khasa, conseiller du ministre des Droits humains, a réaffirmé l'engagement du gouvernement : "Le ministre des droits humains m'a mandaté pour vous saluer et vous dire que les portes sont totalement ouvertes pour voir comment conjuguer nos efforts pour la promotion et la protection des droits de l'homme."
Une campagne digitale pour toucher le grand public
Aperçu sur une page de l'une des strcutures ayant animé la campagne digitale
Parallèlement à ces réflexions institutionnelles, le CCPR Centre a soutenu une vaste campagne de vulgarisation menée par l'ONG Promotion des Jeunes Réunis pour l'Émergence du Congo (PJREC). Lancée le 20 novembre 2025, cette initiative digitale vise à faire connaître la loi n°23/027 à l'ensemble de la population congolaise.
Des résultats probants sur les réseaux sociaux
La campagne a bénéficié d’un appui de la part du CCPR Centre et coordonnée par le Centre Carter via la Maison des Droits de l'Homme, s'est déployée sur plusieurs plateformes numériques : Facebook, WhatsApp, TikTok et Twitter. Seize visuels pédagogiques et une vidéo ont été conçus pour expliquer les dispositions de la loi et son importance pour la démocratie congolaise.
Les chiffres témoignent de l'ampleur de la mobilisation : la vidéo a touché 8 610 personnes avec 1 432 interactions et 246 partages, tandis que les visuels ont atteint 3 007 personnes. Au-delà des statistiques, la campagne a généré 989 messages de personnes souhaitant s'engager davantage dans la défense des droits humains.
Un outil de mise en réseau des défenseurs
L'initiative a permis de créer des synergies inattendues. Des défenseurs du Nord et Sud-Kivu, zones particulièrement affectées par les violences, ont sollicité un appui après avoir découvert la campagne. Des journalistes ont proposé des émissions de vulgarisation, et des cas d'arrestations arbitraires, de travaux forcés et de violences sexuelles dans les zones occupées par les rebelles ont été dénoncés.
Un groupe WhatsApp de collaboration a été mis en place, permettant aux défenseurs de différentes provinces d'échanger leurs expériences, de lancer des alertes et de coordonner leurs actions. Cette plateforme illustre comment la technologie peut renforcer la protection collective des DDH.
Un double défi : connaissance et application
Ces deux initiatives complémentaires soulignent les défis auxquels fait face la mise en œuvre de la loi sur la protection des défenseurs des droits humains en RDC. D'une part, il est crucial que les DDH eux-mêmes connaissent les droits que leur confère ce texte. D'autre part, l'appropriation par la population et les institutions de l'État demeure indispensable pour garantir son application effective.
Maître Henri Wembolua a résumé cette double réalité : "Il est évident qu'il y a des défenseurs des droits de l'homme qui sont en difficultés. Il est aussi vrai que la loi joue un rôle important dans notre société, la RDC."
Dans un contexte marqué par les conflits armés à l'Est et les violations persistantes des droits fondamentaux, la loi n°23/027 constitue un outil juridique essentiel. Son efficacité dépendra de la volonté politique, de la vigilance de la société civile et de la mobilisation citoyenne pour en exiger le respect.
Le CCPR Centre, à travers son appui aux associations de terrain, démontre qu'une stratégie combinant réflexion institutionnelle et sensibilisation populaire peut créer les conditions d'une meilleure protection des défenseurs des droits humains, véritables sentinelles de la démocratie congolaise.